Associations: vous aussi vous pouvez pratiquer l’Open Data

Par 26 février 2018 juin 5th, 2019 blog, Cartographie

Les établissements publics ne sont pas les seuls à avoir un intérêt à ouvrir leurs données.  Le 1er février j’étais invité à participer à une table  ronde intitulée “L’open data : comment mettre en œuvre l’ouverture des données ?” à L’Instant Numérique à Roanne pour y traiter des données produites par les associations, vu dans le cadre des actions de Médiation Numérique de Zoomacom.

Mon intervention, d’une quinzaine de minutes (donc très synthétique malgré la complexité du sujet) en suivait deux autres :

  • présentation du cadre réglementaire (contexte, enjeux et obligations), par le Service des affaires juridiques au sein du Département de la Loire
  • présentation du Lab Archipel, accompagnement des collectivités et présentation du jeu sérieux Les Explorateurs des données territorialespar Gladys MORALES, chargée du numérique au sein du Secrétariat Général aux Affaires Régionales Préfecture de la Région Auvergne-Rhône-Alpes

Vous trouverez ci-dessous le contenu commenté de ma présentation, précédé, à toutes fins utiles, d’un rapide rappel sur ce qu’est l’Open Data.

L’Open Data ?

(note: je suis parfaitement à l’aise avec l’expression française “Données ouvertes” que j’aimerais autant utiliser mais il semble que le terme Open Data soit devenu l’expression courante pour qualifier la chose alors bon… va pour Open Data)

“L’open data ou donnée ouverte est une donnée numérique dont l’accès et l’usage sont laissés libres aux usagers. Elle peut être d’origine publique ou privée, produite notamment par une collectivité, un service public (éventuellement délégué) ou une entreprise. Elle est diffusée de manière structurée selon une méthode et une licence ouverte garantissant son libre accès et sa réutilisation par tous, sans restriction technique, juridique ou financière.” (Wikipedia > Open data)

Open Data et projets associatifs

Le contre-exemple

Partons d’un contre-exemple, un cas assez courant, ici sur un territoire fictif pour ne stigmatiser personne. Un citoyen lambda, “consommacteur” soucieux de s’alimenter en produits locaux, se demande où il pourrait se les procurer. Plusieurs organismes ont tenté de répondre à cette question. Mais chacun l’a fait de son côté, en fonction de critères qui lui étaient propres.

Des acteurs multiples et des données enfermées

diapo 1: où puis-je acheter des produits locaux

  • La région porteuse d’une marque (label) régionale Ma Région c’est tout Bon! a créé un site internet qui comporte une carte présentant les points de vente des produits correspondants.
  • Le site départemental Mon département c’est excellent! a été conçu par le Pôle Agroalimentaire départemental, soutenu par le Département, une grosse métropole, la Région (encore elle), la Chambre de Commerce et de l’Industrie, la Chambre de l’Agriculture et les Chambres de Métiers et de l’Artisanat.
  • Le réseau régional des AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) a son propre site, et sa propre carte, qui affichent ses points de distribution.
  • Le “Drive local” Supercolis.com, sous statut associatif, présente sur son site ses points de distributions hebdomadaires.
  • Tout comme l’entreprise de “Drive Fermier Bio”, La Porte à Côté.
  • Le groupe local des Rossignols du Plateau Sud, issu du mouvement national des Rossignols de la Transition, a également réalisé une carte pour les locavores de son territoire.

Pour le “consommacteur”, deux difficultés…

  • accéder aux informations : avec son moteur de recherche préféré, la requête qu’il composera lui permettra-t-elle de faire remonter toutes les sources qui pourraient le concerner? Ou tombera t-il sur une plateforme nationale privée ? Une plateforme aux informations plus ou moins complètes et plus ou moins à jour, mais qui aura su faire le travail de référencement nécessaire pour figurer dans les premiers résultats des moteurs de recherche.
  • s’il parvient à prendre connaissance de toutes ces initiatives, il devra comparer toutes les cartes, et rassembler les informations comme il peut.

(Note: souvent la mise en ligne d’un nouveau site internet, la sortie d’une nouvelle application… est accompagnée d’une campagne de communication, d’une durée très courte dans le temps, et dont l’impact est limité à un territoire pendant une période brève. L’objectif des campagnes est surtout de valoriser l’initiative ( ou, plus exactement, l’acteur qui l’a portée). Plus rarement on se préoccupe de savoir si, dans le temps, il sera facile pour un internaute non informé de parvenir sur le site, ou de trouver l’application. En pratique : non seulement l’information n’est  disponible qu’à un seul endroit, mais en plus l’endroit n’est pas forcément bien indiqué (référencé).

La compilation de données de sources diverses

Comme on peut le voir sur l’exemple suivant, cette fois sur un vrai territoire (le département de la Loire), si l’on se préoccupe de rendre accessible l’information, la donnée en elle même, et de permettre sa circulation et sa réutilisation, d’autres initiatives peuvent se développer qui agrègent toutes ces données et permettent des recherches personnalisées (thématique, territoire…).

Diapo 2 : carte aggrégeant des données ouvertes depuis différentes sources

Ici, à titre d’exemple, une capture d’écran de  GeoSSE, un outil expérimental développé par socioeco.org. Les informations accessibles proviennent de multiples bases de données ouvertes. On pourrait aussi imaginer créer des applications mobiles thématiques (mais les applications mobiles c’est dépassé), ou  faire figurer ses données sur des applications locales existantes (par exemple MobiliSÉ Saint-Étienne, l’appli’ mobile de la Ville de Saint-Étienne).

!EDIT Janvier 2019 : Voir aussi Transiscope “Le portail web des alternatives”.

Les données des associations

Les acteurs associatifs, seuls ou associés à des projets multi-partenaires du territoire, produisent et utilisent des données. Et là encore, souvent chacune de leur côté. Quand bien même elles poursuivraient des objectifs similaires ou complémentaires à d’autres organisations. Mais comme les entreprises ou les collectivités, elles ne sont pas à l’abri de la tentation de vouloir créer LEUR support, sur lequel elles peuvent coller LEUR logo pour valoriser LEUR travail.

Et pourtant ceci n’est pas un problème: la donnée peut être ouverte et libre, elle n’en est pas moins le résultat d’un travail qu’on peut revendiquer à juste titre !

Quoi qu’il en soit…

Si ce travail a été fourni grâce à de l’argent public mobilisé sur un projet, ou dans les conventions signées entre des partenaires publics et des acteurs associatifs, les principes qui sous-tendent l’exigence d’ouverture des données, imposée à présent aux organismes publics, pourraient également s’appliquer.

C’est ce que nous, acteurs de la médiation numérique, quand on nous demande nos conseils, préconisons, sur le schéma suivant:

 

Diapo 3: projet multipartenaire produisant de l'Open Source, de l'Open Data ou du contenu sous Licence Libre

Open Data pour la donnée, Open Source pour le code et licence libre (ici le logo des licences Creative Commons) pour les autre types “d’œuvres de l’esprit”…

[Vous noterez (en bas à droite) que les diapositives de cette présentation, sont sous Licence Creative Commons, tout comme l’est cet article. La raison, outre la motivation militante et l’ego de son rédacteur, en est simple: elle a été produite sur un temps de travail, financé par une convention avec un organisme public. Le travail a été fait, le salaire versé. Si d’autres veulent la réutiliser, qu’ils se servent librement (en respectant la licence). Quand bien même on la réutiliserait, on ne va refacturer ni ce temps de travail, ni l’utilisation de ce support. On est une association d’éducation populaire, pas une firme de consultants ou une “start-up sociale” fondée par des diplômés d’une grande école de commerce.]

Bref…

Mes usages de la donnée n’empêchent pas les usages des autres

Comment on explique ça simplement (pour commencer…) à des acteurs associatifs ? En leur faisant comprendre que partager (ouvrir) leurs données ne les en prive pas.

Diapo 4: Des usages de la donnée par d'autres, n'empêchent pas MES usagesDes données ouvertes, permettant à des acteurs multiples DES usages, n’empêchent pas celui qui les produit de les utiliser pour SES usages, comme finaliser un projet, délivrer un… “livrable” (annuaire, atlas, carte en ligne…).

Il se pourrait même que ce soit cohérent avec

  • l’objectif général du projet,
  • l’objet associatif et le projet de la structure,
  • ses valeurs.

En tous cas, c’est ce qu’on explique nous, en tant qu’acteurs⋅trices de la médiation numérique. On n’empêche personne de vouloir changer le monde, l’économie et la démocratie tout seul dans son coin, en s’appuyant sur les outils “gratuits et si pratiques” de plateformes monopolistiques américaines. Des fois on est même amené à expliquer comment s’en servir. Et parfois à les utiliser nous mêmes…

De vrais exemples ?

En pratique, comment on a mis ces principes et ces méthodes en application ? Sur des projets produisant et utilisant de la donnée géographique ?

Diapo 5: les données gographqiues que j'ai produites ont-elles leur place dans Openstreetmap?

Ici on se demande si l’information géographique produite, lors d’un projet, a sa place dans la base de données ouverte Openstreetmap (OSM).

Dans le cas 1

… la donnée y a sa place ET Openstreetmap peut servir directement de base de donnée pour réaliser le projet. Les données sont donc saisies directement dans la base OSM. (exemples avec la carte verte de Saint-Étienne : Sainté Greenmap et la vélocarte portée par l’association Ocivélo (plus d’infos sur le wiki Openstreetmap > Saint-Étienne /velocarte).

Ces deux cartes (et d’autres) utilisent des données issues, par requête, de la base OSM.

Cette option présente aussi l’avantage de pouvoir faire évoluer les données dans le temps, et de bénéficier du travail de mise à jour effectué par les contributeurs à Openstreetmap. Un avantage non négligeable quand on constate que la plupart des projets sont bornés dans le temps et qu’ils se terminent avec le livrable attendu.

Dans le cas 2

… l’information à sa place dans OSM mais…

  1. pas forcément telle que notre projet la caractérise : il n’y pas d’objets “Espaces Publics Numériques” dans OSM, mais on peut quand même y faire figurer le centre social, ou la médiathèque, qui l’héberge.
  2. le fait qu’elle y soit présente ou non n’est pas nécessaire au projet. Dans ce cas, deux options:
  • ajouter un temps de travail pour la saisir dans OSM. “Pour la cause” ou plus pragmatiquement parce que ça pourrait nous re-servir plus tard (quand on voudra localiser tous les centres sociaux ou les médiathèques du département…).
  • mener le projet à terme et libérer la donnée produite, comme dans le cas 3.

Le travail effectué sur la Carte de la médiation numérique dans la Loire, ou même la géolocalisation  des lieux d’événements sur l’agenda de la MedNum42, conduit en général à saisir une partie des données dans la base OSM si elles n’y figurent pas déjà.

L’idée c’est que tant qu’à passer du temps (un travail) à chercher à placer précisément sur une carte, autant que ce travail contribue à une base de données ouvertes, qui servira à d’autres utilisations, et dont on pourrait bien être bénéficiaires dans le futur.

Dans le cas 3

… les données géographiques produites n’ont pas leur place dans Openstreetmap. Ce n’est pas pour autant qu’elles n’ont pas un intérêt pour d’autres projets et d’autres structures. Ce peut-être une question d’échelle géographique, en la combinant à d’autres territoires, ou de thématiques. Par exemple une carte des points de ventes de produits locaux, combinée avec une carte de modes de déplacements doux.

Dans ce cas là, il suffit de prévoir de libérer la donnée produite sous forme d’Open Data, en respectant les deux critères minimum :

  • elle doit être accessible (téléchargeable),
  • une licence doit préciser qu’elle est ouverte.

(on trouve parfois des cartes réalisées sur un outil Google dont les données sont effectivement téléchargeables, facilement même. Mais sans qu’une licence nous précise ce que nous avons le droit d’en faire. Par défaut c’est donc “plutôt rien”, si ce n’est un usage personnel).

Lire aussi

Pour un Open Data local à 360°, les promesses d’une gestion collaborative, in La Gazette des Communes, novembre 2017 – Comment développer un Open Data à 360°, croisant les regards entre techniciens, communicants, usagers, prestataires et associations ?

Pour ce qui est des données liées à de l’événementiel, nous utilisons OpenAgenda (lire notre documentation – sous licence libre – sur le wiki Movilab: OpenAgenda pour diffuser de l’information événementielle au sein d’un réseau d’acteurs)

Enfin nous sommes actuellement en train de tester le réseau social citoyen Communecter, une plateforme numérique open source et open data qui permet de savoir ce qu’il se passe autour de chez nous.

 

3 Commentaires