Internet facilite-t-il la construction de l’esprit critique des jeunes ?

Par 3 avril 2018 avril 6th, 2019 blog

« INTERNET facilite-t-il la construction de l’esprit critique des jeunes ? » telle était la question posée au Tribunal pour les Générations Futures (TGF) qui s’est déroulé le 18 décembre 2017 à l’espace socio-culturel Le Nelumbo à Andrézieux-Bouthéon.

Le procès s’est tenu lors d’une journée de découverte et d’échanges entre acteurs éducatifs et accompagnants jeunes et familles. Elle avait pour objectif de donner un aperçu de diverses ressources et pratiques d’éducation aux médias et au numérique mutualisables et mobilisables auprès des structures jeunesses (EPN, BIJ/PIJ) de la Loire… Elle a réuni les 80 personnes qui avaient réussi à faire le déplacement malgré des chutes de neige perturbatrices.

Le TGF a siégé l’après-midi. Il a été précédé en matiné par des ateliers et un quizz/débat destiné à faire le point sur les pratiques numériques des jeunes et la connaissance de ces pratiques par les participants à la journée. Ce quizz utilisait Votar, un outil de sondage d’audience qui, contrairement à d’autres du même genre, a plutôt bien fonctionné (plus d’infos: On a testé pour vous… votAR !)

Vous pouvez retrouvez des éléments de ce débat relayés sur Twitter le 18/12/2017avec le Hashtag #EMI42

Le Tribunal pour les générations futures

« INTERNET facilite-t-il la construction de l’esprit critique des jeunes ? » telle était la question posée au Tribunal.

Acte d'accusation

 (Le Président du Tribunal, incarné par Michel Peisey)

Avec sa couverture très large sur les territoires, d’autant prétendent que par le numérique, l’accès à des sources d’informations infinies favorisent la construction de l’esprit critique.

Les plaignants représentés par leur avocat, et constitués en partie civile, réfutent cette assertion et crient aux loups, arguant que certes l’offre est pléthorique, mais justement qu’elle plonge plus que jamais de nombreuses populations dans la confusion et la dépendance à autrui, réduisant à néant leur part de libre arbitre.

Par conséquent mesdames et messieurs les jurés, M. le procureur, je demande aux parties ci-présentes, les acteurs du numérique d’une part et le représentant des victimes avérées ou putatives d’autre part, de bien vouloir se présenter à la barre.

Réquisitoire du Procureur

(incarné par Stéphane Millet, Ligue de l’Enseignement de la Loire)

Monsieur le Président,

Maître,

Mesdames et Messieurs les jurés.

Mesdames et Messieurs les jurés, je vous rappelle que vous êtes ici au nom des générations futures et que le verdict que vous allez devoir prononcer, nous offrir tout à l’heure, vous engage car il devra donc être formulé au nom des générations futures.

C’est pourquoi je pense que vous n’aurez aucun mal à VOTER NON à la question :

« Internet facilite-t-il la construction de l’esprit critique chez les jeunes ? »

CAR dans « internet facilite-t-il la construction de l’esprit critique il y a « internet » et « esprit critique »

Or qu’est-ce à dire ? Qu’INTERNET rendrait les jeunes plus intelligents… ?

INTERNET

Si il est

  • un puissant outil de communication révolutionnaire, dans la mesure où Il nous offre la possibilité de transmettre tout type de données très rapidement, à la vitesse de l’éclair,
  • un outil multi-usages qui sert à la fois l’évasion, la communication, l’art, le commerce, la politique, la distraction, sous forme de longues heures de contemplation auto-hypnotique de vidéos d’animaux, par exemple, pour ne citer que…

On ne peut donc cependant dissimuler le revers de la médaille.

En effet il n’est qu’algorithmes et Bulles de filtres, qui agissent comme des œillères, liés à un profilage où on ne voit que les infos que ces algorithmes nous laissent voir….

un énorme flot d’informations comme un surplus qui nous rend superficiels.

Je pourrais citer ici un grand nombre d’études qui vont dans ce sens.

Et donc, comme tout puissant outil, Internet est comme un couteau à double tranchant, et c’est immédiatement perceptible au vu des énormes possibilités qu’il offre aux acteurs malveillants du net, cyber-harceleurs, hackers et autres partisans des théories du complot.

LES JEUNES

Aujourd’hui, les jeunes naissent et grandissent presque avec un ordinateur sous les doigts. L’accès à internet via leur téléphone portable à prix raisonnable n’arrange rien à la problématique. Ils passent beaucoup de temps dans les cybercafés et cyberespaces.
Ils passent indifféremment d’un site à l’autre sans objectif précis.

Et impossible de l’ignorer : le soleil ne se couche jamais sur la planète Internet, Mesdames messieurs : les jeunes peuvent facilement se laisser emporter jusqu’à en oublier les repères temporels traditionnels.
Un grand nombre d’entre eux veillent tard dans la nuit pour naviguer sur des sites de partage. Bref, l’Internet est devenu pour ces jeunes une obsession ou une drogue

Pour une grande part, ils admettent passer plus de temps sur le net qu’ils ne l’auraient pensé, particulièrement s’ils surfent en l’absence des parents (sans parler des 1 à 3 % des jeunes internautes qui souffriraient d’addiction à l’Internet ou aux jeux en réseau.
Si l’estimation reste modeste, j’en conviens, elle ne doit pas faire oublier la détresse de ceux qui en souffrent).

MANQUE DE CONCENTRATION :

Il y a ceux qui ne peuvent plus se concentrer sur un livre sans être distraits par Facebook, ceux qui ne mémorisent plus rien puisque Google a réponse à tout.

Cela a des conséquences fâcheuses sur leurs études. Ils n’ont pas assez de temps à consacrer à la révision et à la préparation des examens.
Les jeunes ne lisent pratiquement plus. L’Internet s’est transformé pour eux en une sorte de panacée, la solution à tous les problèmes. Lorsque le professeur les charge de faire un travail ou une recherche sur un sujet déterminé, ils se ruent vers l’Internet et impriment intégralement le document. Ils ne font pas l’effort de le lire, de sélectionner les informations et de les synthétiser.

En d’autres termes, l’Internet les incite à la paresse intellectuelle.

Je vous le dis Mesdames, Messieurs les jurés : « tout est fait pour que nos jeunes passent le plus de temps possible sur le Web, mais ils sont incapables de faire le tri parmi toutes les informations qu’ils y trouvent.

Ils suivent les recommandations, subissent l’information descendante plus qu’ils ne la choisissent, ne partagent qu’entre pairs, et ces informations tournent en vase clos.

ESPRIT CRITIQUE

Une étude a montré que même si les jeunes sont très branchés avec leurs téléphones intelligents, leurs ordinateurs et tous leurs appareils technos, cela n’en fait pas de meilleurs apprenants. « Nombre d’élèves n’ont pas les habiletés nécessaires pour utiliser ces outils efficacement à des fins d’apprentissage. De plus, les jeunes ont tendance à accepter aveuglément et à prendre pour argent comptant tout ce qu’ils découvrent sur Internet »

Qui n’a jamais entendu un jeune dire :
“Mais c’est vrai, je l’ai vu sur Internet !” à la grande désespérance de leurs parents ou de leurs professeurs….

Qu’il s’agisse de chatter, de communiquer par e-mail ou de définir un profil, il est toujours possible d’inventer ou d’exagérer des faits, sans que quiconque puisse contrôler si ce qui est avancé correspond à la réalité.

Constat est fait qu’il manque donc chez les jeunes de compétences mais également d’espaces et de médiateurs de l’information qui permettraient une mise en débat de celles-ci.

Et quand on sait que 91% des jeunes estiment qu’Internet construit leur culture et leurs savoirs, comme le rapporte une récente étude OpinionWay, (la télévision arrivant en second avant la presse écrite et la radio)
je vous laisse imaginer les dégâts pour ces générations futures…et le monde dans lequel ils vont évoluer.

De toute évidence, il faut faire preuve d’un certain sens critique, tant pour les informations trouvées sur Internet que celles transmises par d’autres.

Et hélas, Internet est également la machine à propagande parfaite qui ne cesse de nous flatter en renforçant nos biais, en valorisant des opinions qui sont déjà les nôtres, et en nous présentant des informations que nous n’avons pas envie de remettre en question.

Selon une étude menée durant un an par des chercheurs de Stanford, l’incapacité des jeunes étudiants à discriminer entre vraies et fausses informations est devenue si inquiétante qu’elle constituerait désormais “une menace pour la démocratie”.

L’équipe de Stanford est arrivée à cette conclusion pour le moins pessimiste après avoir étudié plus de 7800 étudiants de collège, lycée, et de premier cycle universitaire, à travers leurs posts, tweets, commentaires, et le contenu qu’ils partageaient sur les réseaux sociaux.

Leurs résultats sont édifiants et pour le moins déprimants :

  • 80% des collégiens étudiés étaient incapables de distinguer du “contenu sponsorisé” d’un article écrit par un journaliste indépendant,
  • plus de 80% des lycéens acceptaient la validité d’une image par défaut sans chercher à savoir si elle avait éventuellement été modifiée grâce à un éditeur photo,
  • et la plupart d’entre eux étaient incapables de repérer les fausses informations sur Facebook.
  • Il n’y a donc pas chez les jeunes de hiérarchisation entre des contenus ayant subi un traitement journalistique ou d’investigation, d’un simple fait divers ou d’une actu people.

Ces résultats sont d’autant plus préoccupants qu’ils concernent une génération que l’on qualifie volontiers de digital nativesen arguant qu’ils ont une familiarité naturelle et intuitive avec les outils numériques.

MESDAMES – MESSSIEURS, soyons sérieux un instant !

C’est là le Mythe du bon sauvage !
comme Rousseau l’a démontré : un enfant ne devient pas un citoyen lettré et éclairé parce qu’il est né au siècle des Lumières. Non non
Il en va de même pour ces digitales natives : ils ne sont pas compétents avec le numérique parce qu’ils sont nés avec ! VOILA TOUT !

Et je vous le dis ici. C’est un fait : INTERNET endort et annihile le développement de l’esprit critique de nos jeunes plus qu’il ne facilite sa construction.

ET DONC, quant à ce que pourraient devenir les générations futures du 22e siècle en tenant compte du taux de perversion apporté par internet à l’époque où nous sommes

je crains qu’il ne vous faille, Mesdames et Messieurs les Jurés, rendre ici et maintenant, un jugement sans équivoque à la question posée « INTERNET facilite il la construction de l’esprit critique des jeunes ? » Et bien je dis NON.

C’est en effet ce que je vous demande de dire solennellement, non par idéologie mais par pur pragmatisme et responsabilité.

et on aurait peut-être un peu plus besoin de pragmatisme et de responsabilité pas les temps qui courent…

Je vous remercie.

L’interrogatoire des témoins

  • Pascale Mattos-Dalby (Humaniste réveur)
  • Renaud Denis (médiateurs numérique, geek technophile)
  • Julie ou Léa (Fédé CS) (Technocritique)

Plaidoirie de l’avocat de la défense

(incarné par Jean-Rémi Tabonne)

Comme on n’a pas l’intégralité de la plaiedorie on vous laisse ça à la place:

Le verdict: non coupable mais....

(Le Président du Tribunal)

Bien, la cour s’étant retirée avec les jurés et après avoir délibéré,

Je vais donc rendre justice et prononcer le verdict :

Ayant entendu les éléments de plaidoirie de la partie civile et du procureur, ayant entendu par ailleurs les arguments de la défense ainsi que les dépositions de trois témoins présents à la barre,

L’accusation à charge stipulant que ‘le numérique ne peut favoriser la construction de l’esprit critique et le libre arbitre’ n’est pas retenue à ce jour.

En effet, sans sous-estimer des faits isolés, on peut retenir qu’une une citoyenneté numérique se met en place. Un comité local d’éthique sera prochainement installé pour garantir une bonne transparence.

Des zones d’ombres subsistent toutefois.

Aussi, afin de garantir la levée de celles-ci, une période probatoire de mise à l’épreuve/ observation pour 5 ans a été retenue :

Nous entendons par-là , que le numérique apporte auprès des citoyens toute transparence à son développement, qu’un programme de formation aux usages pour les corps intermédiaires (éducateurs, animateurs, AS scolaire, parents…..) comme pour les familles soit renforcé par l’intermédiaire des organismes d’éducation populaire et du corps enseignant. De même, nous attendons un effort d’information auprès des usagers de la part des organismes qui dématérialisent leurs services afin de ne pas engendrer d’embouteillages auprès des publics auxquels ils s’adressent, ni de retard sur leurs droits ouverts, ni de radiation.

Ce n’est donc pas aux hommes de s’adapter à l’outil, mais à l’outil de ne pas usurper le libre arbitre des personnes ; en ce sens nous apportons la plus vive réserve sur les algorithmes bulles. Nous formulons donc le souhait de faire confiance aux capacités des acteurs à s’inscrire dans une utilisation raisonnée du numérique.

À l’issue de cette période d’observation de 5 ans, la justice sera convoquée à nouveau pour prendre connaissance des résultats et rendre un nouvel avis.

La séance est levée.

Ateliers

Le Vrai du Faux

par le CRIJ Rhône-Alpes. À moins qu’il ne faille dire maintenant le réseau Info-Jeunes de Rhône-Alpes, ou peut-être, un jour, d’Auvergne-Rhône-Alpes (c’est compliqué). Eux >><<

L’outil “Le Vrai du Faux ” permet aux membres du réseau Information Jeunesse de proposer des animations pédagogiques en milieu scolaire ou auprès de structures jeunesse. Le « Vrai du Faux » est une animation construite autour d’un journal/magazine interactif (texte, images, vidéos, liens hypertexte) de 20 pages, où la vérité côtoie constamment le mensonge, la manipulation, le détournement…

Les professionnel-les de l’Information Jeunesse ont été formé-es à l’outil et à l’animation dans toute la France. Ils se tiennent à votre disposition pour mettre en place un temps d’animation d’Éducation aux Médias et à l’Information, n’hésitez pas à prendre contact avec l’animateur le plus proche de chez vous.

Retrouvez l’ensemble des structures Information Jeunesse bénéficiant d’animateurs et d’animatrices formé-es:

Decrypt’info

par la Ligue de l’enseignement de la Loire

Aujourd’hui, nous croulons sous les informations – vraies ou fausses, écrites ou illustrées, et faire une recherche sur internet peut se faire en quelques clics. Mais comment s’assurer que notre source est fiable ? Comment vérifier la cohérence d’une image ? Et si on pouvait créer une fausse information en quelques clics ?

Cette présentation utilisait du contenu pédagogique du parcours “(S’)Informer avec les médias sociaux” qui fait partie des ressources D-Clics Numériques. Celles-ci sont disponibles sur le site D-Clics Numériques. En vous inscrivant sur le site comme utilisateur (formateur ou citoyen médiateur), vous bénéficierez d’un accès à l’ensemble des 7 parcours éducatifs et des 70 fiches d’activités.

Auto Défense Intellectuelle

par les animateurs de l’EPN du Centre Social l’Arlequin et de l’EPN de la Maison du Crêt de Roch

Pêle-mêle, des ressources sur comment parler des polémiques qui polluent les réseaux sociaux avec vos publics.

Faux profils – Vrai enquête

par Zoomacom

Sur les réseaux sociaux, on est souvent demandé en «ami» par des personnes que l’on ne connaît pas. Est-ce une vraie personne ou un faux profil ? Renaud a élaboré un jeu d’enquête numérique qui nous mène, sur le terrain numérique, dans les coulisses des réseaux sociaux.

Organiser une veille documentaire

par Zoomacom

Comment organiser une veille documentaire (individuelle et/ou collective) sur les sujets de l’éducation à l’information ? Quels peuvent être les outils de veille et de curation de contenu permettant de se tenir à jour des innovations pédagogiques sur le sujet.
Une partie consacrée à Twitter et aux hashtags a utilisé la contribution d’Eddie aux contenus pédagogiques de la plateforme régionale la Place Numérique (devenue depuis Ma Solution Numérique).

L’ensemble des vidéos est toujours disponible sur la chaîne YouTube Ma solution numérique et  peut être réutilisé sous licence Cc-BY-SA Production de laplacenumerique.fr / Région Auvergne – Rhône-Alpes.