La Grande enquête sur les cyberviolences sexistes et sexuelles
Le 22 juin dernier, les associations Point de Contact, Féministes contre le cyberharcèlement et #StopFisha ont réuni des représentants d’institutions, d’associations, chercheurs, magistrats et représentants de l’état au Sénat avec un objectif clair : mobiliser l’ensemble du corps social pour que cesse le déni de réalité au sujet des cyberviolences sexistes et sexuelles. Cet événement a permis de présenter les résultats de la Grande Enquête sur les cyberviolences sexistes et sexuelles (liens en bas de l’article). Menée à l’été 2025 auprès de plus de 2 000 répondants via un questionnaire auto-administré, ce travail dresse un état des lieux inédit des violences de genre commises en ligne, de leurs impacts sur les victimes ainsi que des réponses apportées par les différentes parties prenantes. Cette enquête basée sur 2 136 témoignages, a permis de réaliser un rapport de 164 pages et de formuler pas moins de 26 recommandations pour prévenir et lutter contre ces violences. Elle contribue à mieux documenter un phénomène encore trop souvent mal compris, voir invisibilisé malgré ses conséquences sociales, psychologiques et démocratiques.
Pour une réponse collective, mêlant prévention, formation, accompagnement et coopération à l’échelle du territoire.
Zoomacom, structure à l’initiative du Pôle Ressource Contres les Cyberviolences, dans la Loire, a été conviée à cet événement au Sénat pour participer aux échanges organisés autour des cyberviolences et des mécanismes qui alimentent aujourd’hui ce que l’on peut qualifier « d’économie de la haine ». Cette matinée exceptionnelle de restitution et d’échanges a réuni associations, institutions et acteurs engagés afin de partager constats, données et pistes d’action pour mieux prévenir et combattre les violences en ligne.
Le Pôle Ressources Contre les Cyberviolences (PRCC) est un projet porté par l’association Zoomacom, centre ressource en médiation numérique pour le Département de la Loire (42), basée à Saint-Étienne. Ce projet est soutenu depuis 2025 par la Fondation de France pour une durée de trois ans. Cette invitation à participer au sein d’un espace de dialogue national comme le Sénat, est une reconnaissance du travail mené depuis les territoires et confirme que les réponses aux enjeux numériques se construisent autant dans les institutions nationales que dans les actions locales, au plus près des publics. Les actes de cyberviolences nécessitent une réponse collective, mêlant prévention, formation, accompagnement et coopération. Le PRCC agit précisément dans cette dynamique, en développant des ressources, en accompagnant les professionnels et en favorisant la montée en compétences des structures avec la mise en place d’actions pour lutter face aux violences en ligne.
Olivia Richard, sénatrice et membre de la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes a ouvert la matinée en rappelant les menaces de mort, appels au suicide et injures misogynes adressées à la vidéaste Tiphaine D, devenue l’un des visages de la lutte contre le cyberharcèlement après un procès historique en 2025.
« Les femmes représentent 82 % des victimes. Et Plus d’une victime sur deux étaient mineures au moment des faits. Le phénomène touche ainsi à la protection des mineurs, à la participation des femmes à la vie publique et à la responsabilité des plateformes.«
Cécile MANTEL de la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof), a soulevé l’importance de mieux comprendre les mécanismes de diffusion des violences en ligne, leurs impacts sur les victimes et le rôle des plateformes numériques dans la circulation et l’amplification de ces phénomènes (pour aller plus loin voir l’article de Fionas SLOUS, Alliancy)
“54% des victimes ont eu des pensées suicidaires, 24% ont fait une tentative de suicide… Ces chiffres ne sont pas des statistiques abstraites, ce sont des récits de vie abîmés, fracassés”
rappelle Cécile Mantel, cheffe de la MIPROF.
Tables rondes
Table-ronde n°1 modérée par Pauline FERRARI, journaliste et autrice: avec Yann LESCOP, responsable projets et études de Point de Contact, Laura PEREIRA DIOGO, cofondatrice et responsable du pôle Recherche & Analyse de #StopFisha et Laure SALMONA, directrice et cofondatrice de Féministes contre le cyberharcèlement.
Table-ronde n°2 modérée par Mathilde SALIOU, journaliste et autrice: avec Melissa AMNERIS, Chroniqueuse et créatrice de contenu engagée, Laurence PÉCAUT-RIVOLIER, Conseillère à la Cour de cassation et membre du Collège de l’Arcom, Aurélie OLIVESI, Maîtresse de conférences HDR en Sciences de l’Information et de la Communication, Celia ZOLYNSKI, membre de Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) et Professeure des universités.
Lors de ces tables rondes, il a été rappelé que l’architecture même des plateformes n’est pas neutre et aggrave la vulnérabilité des minorités. Il est également nécessaire d’accroître les moyens financiers des associations qui protègent et accompagnent les victimes. Il est impératif de sensibiliser, de structurer des réponses publiques et associatives et de renforcer les liens entre acteurs nationaux et initiatives locales.
Cette matinée à été conclut par Cécile MANTEL de la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof).
Face aux cyberviolences, parfois ultra violentes, le secteur de la médiation numérique a un rôle essentiel à jouer en coopération avec les acteurs qui accueillent ou accompagnent des personnes victimes ou auteurs de cyberviolences. La formation des professionnels est une des étapes essentielle pour: sensibiliser et accompagner (sans mettre en danger); créer des espaces de compréhension et d’écoute pluri-disciplinaires pour accueillir des victimes de (cyber)violences et les professionnels qui les accompagnent; Faciliter le pouvoir d’agir des victimes et leur rendre justice; Accompagner une culture numérique plus respectueuse, plus inclusive, plus protectrice et donc plus démocratique !
Prendre connaissance du rapport :
- Consultez la synthèse de l’enquête – 24 pages
- Consultez le rapport complet de l’enquête – 164 pages